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ques navigateurs de Vannes portoient dans^la Grande-Bretagne de la poterie , qu'ils échangeoient contre des chiens ,* des efclaves, de l'étain & des fourrures. Ce qui ne fe confommoit pas dans la Gaule même , pafloit à Marfeille , où il étoit payé avec des vins & des marchandées que les négociants de l'Italie ou de la Grece y avoienc apportés.

Quoique les Romains n'aimaflent, ni n'eflimaflent le commerce, il devint néceffairement plus confidérable dans la Gaule après qu'ils l'eurent foumife, & en quelque forte policée. On vit fe former des ports de mer à Arles, à Narbonne, à Bordeaux, dans d'autres lieux encore. Il fut conftruit de toutes parts de grandes & magnifiques voies, dont les débris étonnent encore les imaginations les plus élevées. Toutes les rivieres navigables eurent des compagnies de marchands, auxquelles on avoit accordé de grands privileges, & qui, fous le nom général de Nauees , entretenoienc une continuelle circulation.

Les invafions des Francs & des autres barbares, arrêterent cette activité naiflante. Elle ne reprit pas même fon cours, lorfque ces brigands fe furent affermis dans leurs conquêtes. A leur férocité, fucccda une aveugle pafllon des richefles. Pour la fatisfatre, on eue recours à tous les genres de vexation. Un bateau qui arrivoit à une vifle , devoir payer un droit pour fon entrée, tin droit pour le falut, un droit pour le pont, un droit pour approcher du bord, un droit d'ancrage, un droit pour avoir la liberté de décharger, un droic pour le lieu où il devoit placer les marxhandifes. Il lui falloir payer encore cinq ou fix autres droits avant de pouvoir expofer en vente ce qu'il apportoit. Les voitures de terre n'étoient pas mieux traitées. Ces abus effrayaient les marchands. Ils préféroient l'inaction à une ruine inévitable. Tout étoic obftrué.

Pour rouvrir les canaux, on imagina les foires dans le feptieme fiecle. C'étoient des marchés annuels & périodiques, où les négociants jouifloient d'un grand nombre d'immunités attachées au temps & au lieu. Cet ufage commença à Saint-Denis, & s'étendit bientôt dans le refte de la monarchie.

Le peu de vigueur que cet expédient, mauvais en lui-même, mais utile dans les circonftances, avoic redonné à fin*

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duftrie, ne tarda pas à être étouffe de nouveau par les calamités de tous les genres qui affligeoient l'état entier prefque fans interruption. Chaque révolutionçerpétuoit la barbarie, & quelquefois y ajoutent. Enfin Louis XI, dont le caractere méchant ne put beureufement faire du mal aux particuliers fans qu'il en réfultât un bien pour l'état, abaifla les grands qui fe partageoient le royaume, & donna de la vigueur aux loix.

Les peuples, délivrés de leurs petits tyrans, & protégés par le fouverain, montrerent de l'activité & de l'induftrie fous les regnes de Louis XII & de François I. Les manufactures de la nation firent quelques progrès; & fes bleds, fes vins, fes huiles, fes eauxde-vie, étoient recherchés & portés dans tous les pays de l'Europe.

Depdris Henri II jufqu'au regne de Henri IV, les guerres civiles, les méprifables querelles de religion, l'ignorance du gouvernement, l'efpric de finance qui commençoit à s'introduire dans le confeil, l'activité & la fripponnerie, toujours barbare & toujours protégée des gens d'affaires , retarderent les progrès de l'induftrie, ck ne purent la détruire. Elle reparut avec éclat fous le miniftere économe de Sully. Elle fut prefque anéantie fous ceux de Richelieu & de Mazarin, livrés tous deux aux traitants ; l'un occupé de guerre & du projet d'établir violemment l'ordre dans le royaume; l'autre, plus avide qu'éclairé fur les moyens d'enrichir l'état, & favorable aux abus, parce qu'il les faifoit fervir à augmenter fes propres richefles.

Aucun roi de France, aucun de fes miniftres n'avoient penfé aux avantages que pouvoit procurer le commerce des Indes ; & l'éclat qu'il donnoit aux autres nations, n'ayoit pas réveillé l'émulation des François. Au commencement du dix-feptieme fiecle, des négociants de .Rouen s'aflocierent avec Gerard Leroi, navigateur Flamand, qui avoit fait quelques voyages en Afie, & firent partir iucceffivemenr plulîeurs vàifleaux,avec ordre de pénétrer dans les Indes. Ces tentatives furent toutes malheureufes. L'unique fruit de ces expéditions répétées, fut une haute opinion de Madagafcar.

En conféquence de l'idée avantageufe qu'on avoit prile de cette ville, il le forma, en 1642, une compagnie qui devoir y faire un grand étabiifflement, pour affurer à fes vaiffeaux la facilité

d'aller plus loin.

Lorfqu'on l'eut parcourue, on«trouva qu'elle etoit fituée le long des côtes orientales de l'Afrique, qu'elle avoic trois cents trenre-fix lieues de long, cent vingt dans fa plus grande largeur, & environ huit cents de circonférence. Sa pointe au fud s'élargit vers le cap de Bonne-Efpérance ; & celle du nord , beaucoup plus étroite, fe courbe vers la merdes Indes. Quoique le terrein, en général, foit montueux, on y voit des plaines agréables & des forêts remplies d'arbres toujours verds, mais extrêmement durs. L'ifle eft arrofée dans prefque toutes fes parties par des rivieres aflez confîdérables, & par un nombre infini de fontaines dont l'eau cft excellente.

Rien ne s'oppofe autant a la population dans Madagafcar, que l'ufage établi de diftinguer des jours heureux ou malheureux pour la naiflance des enfants, & d'abandonner fans pitié ceux qui n'arrivent pas au monde fous des aufpices favorables. Ceux qui ne font pas la victime de cet horrible préjugé, font grands, agiles, d'une contenance fiere. Ils cachent, fous un air riant, le fonds d'un grand deflein & d'une

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